La littérature turkmène

Tradition orale et récits épiques

Avant l'imprimerie, la littérature turkmène se transmet par la voix. Les dessans, longs récits mêlant vers chantés et prose parlée, circulent de campement en campement grâce aux bakhshy, à la fois poètes, chanteurs et joueurs de dutar. L'art épique de Görogly, qui raconte les exploits d'un héros justicier et de son cheval, a été inscrit en 2015 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Les cycles amoureux comme Zöhre et Tahyr appartiennent au même répertoire.

Makhtoumkouli Fraghi, fondateur de la langue littéraire

Né vers 1724 et mort vers 1807, Makhtoumkouli Fraghi reste la figure centrale des lettres turkmènes. Fils du poète et lettré Döwletmämmet Azady, issu de la tribu goklen, il grandit dans la région de l'Etrek, aujourd'hui à cheval sur la frontière iranienne. Son geste décisif consiste à écrire en turkmène parlé plutôt qu'en persan, et à adopter les formes populaires du quatrain, le goshgy. Ses poèmes évoquent l'exil, la foi, la morale et surtout l'union des tribus dispersées.

Postérité de Makhtoumkouli

L'Organisation internationale de la culture turcique a proclamé 2024 année du grand poète et penseur du monde turcique Makhtoumkouli Fraghi, célébration à laquelle l'UNESCO s'est associée. Un monument de 60 mètres lui a été inauguré à Achgabat en mai de la même année. Le 27 juin, la journée des travailleurs de la culture et des arts est officiellement placée sous le signe de sa poésie.

Poètes classiques et satiristes

Autour et après Makhtoumkouli s'épanouit une génération de poètes lus jusqu'à nos jours. Kemine cultive la satire et l'humour populaire contre les riches et les juges, Mollanepes compose une poésie amoureuse raffinée, Zelili chante la captivité et le mal du pays, Seydi mêle vers guerriers et lyrisme. Leurs recueils nourrissent encore les programmes scolaires et le répertoire des chanteurs traditionnels.

Écriture soviétique et voix contemporaines

Le roman turkmène apparaît sous le régime soviétique, avec des auteurs comme Berdi Kerbabaïev dont les récits accompagnent la mise en place du nouvel ordre social, dans un cadre où la censure encadre les sujets autorisés. Après l'indépendance, l'édition demeure très largement contrôlée par l'État selon les organisations de défense de la liberté d'expression, et plusieurs écrivains publient depuis l'étranger, à l'image d'Ak Welsapar, installé en Suède.